Une Famille Exceptionnelle

La seconde moitié du XIXème siècle en France est une période de fécondité et de transformation rapide. Après les bouleversements du début du siècle – révolutions de 1830 et de 1848, et autant d’incertitudes politiques – la France trouve enfin un peu de stabilité. Car depuis la Révolution, en 70 ans nous sommes passés d’une République à un Directoire, à un Consulat, suivi d’un Empire et d’une Restauration de la monarchie, une monarchie constitutionnelle, une Deuxième République et de nouveau un Empire...qui s’écroule dans la poussière d’une défaite militaire désastreuse, doublée d’une révolte sanglante (1870-1871)… Après avoir expérimenté sept régimes politiques depuis la Révolution de 1789, la Troisième République apporte enfin à partir de 1871 une stabilité qui va durer presque 70 ans, malgré les soubresauts inhérents au régime parlementaire, et donnera à la France sa véritable identité politique.

Cette deuxième moitié du siècle témoigne aussi d’une profonde mutation de la société française, qui passe en quelques générations d’une société à dominante agricole à une société modernisée par la révolution industrielle, par l’évolution scientifique et technique qui apportent les chemins de fer, une éducation pour tous, des progrès techniques qui bénéficient à un plus grand nombre, même si parallèlement la mécanisation crée des classes populaires appauvries, tout en enrichissant honteusement des familles pourvues de capitaux à investir.

Surtout ce qui distingue cette période c’est la possibilité accrue de mobilité géographique et sociale. Du coup, les destins individuels dépendent moins du hasard de la naissance que de la curiosité intellectuelle et de la volonté de réussir de chacun. Grâce à l’école « laïque, gratuite et obligatoire » de Jules Ferry, tout le monde peut désormais tenter sa chance, prétendre à un avenir meilleur, réaliser ses rêves.

S’il y a bien une famille qui illustre à souhait cette mutation, c’est la famille Langlois qui, bien que née dans la Meuse, va quitter cette région trop près de la Terre d’Empire Allemande (annexée en 1871) et venir s’installer dans la région Parisienne, et notamment à Eaubonne, où elle va investir un espace géographique et politique en devenant, avec « L’institution Langlois » le plus grand employeur de notre Commune pendant près de 40 ans. En suivant leur histoire familiale, en retraçant les parcours des neuf enfants, on comprend mieux ce que c’était que de grandir dans cette période féconde.

Un peu d’histoire donc : un couple d’enfants de charpentiers de Heippes et de Séraucourt (Meuse), nés en 1791 et 1797, donne naissance à 4 enfants. Les deux garçons, au lieu de devenir charpentiers comme les deux générations précédentes, deviennent instituteurs affectés dans les écoles élémentaires du canton. L’aîné, Alphonse, se marie en 1847 à une fille de cultivateurs. Ils auront en tout 9 enfants, nés précisément entre 1848 et 1870, cette période charnière et turbulente de notre histoire.

On imagine qu’élever neuf enfants avec le maigre salaire d’un instituteur ne devait pas être chose facile ; pourtant chacun de ces neuf enfants va connaître un destin exceptionnel: ils deviendront tour à tour professeur de lettres et de philosophie, avocat à la Cour d’Appel de Paris, vicaire puis archiprêtre, médecin, doyen d’une faculté de lettres, fondateur d’une institution pour enfants en difficulté, instituteur…

Parmi eux on retrouvera deux Chevaliers de la Légion d’Honneur, un Officier de l'Ordre de Nichan-Iftikhar, deux décorés des Palmes Académiques, un Officier de l’Académie, un chanoine honoraire de la cathédrale de Verdun, et même un Directeur du Casino d’Enghien-les-Bains… Quatre d’entre eux auront vécu à Eaubonne, et deux sont enterrés dans notre cimetière communal.

Autre dénominateur commun qui caractérise cette famille : l’extraordinaire solidarité entre membres de la fratrie qui n’hésitent pas à s’apporter secours ou soutien en cas de difficulté (jusqu’à élever les enfants de la fratrie devenus orphelins) mais aussi d’acter par leur présence les étapes de leurs vies : pas une naissance, pas un mariage où au moins cinq ou six frères ou sœurs sont témoins, même s’il faut pour cela traverser la moitié de la France. On s’entraide pour trouver du travail ou un logement. Ceux qui meurent sans postérité lèguent leurs meubles et leurs fortunes aux autres.

Tous ces enfants sont nés à Heippes ou à Apremont-la-Forêt dans la Meuse, à 40 puis à 30 kilomètres à l’ouest de la Moselle. Leurs descendants sont très présents encore dans la région (Enghien-les-Bains, Montmorency, Paris, Clermont-en-Beauvaisis), à Nemours, sur la Côte d’Azur, etc.… mais pas à Eaubonne !

Les voici dans l’ordre chronologique. Vous constaterez que tous, garçons comme filles, sont prénommés « Marie » ; c’est leur dernier prénom qui servira de nom habituel. Pour avoir une vue d'ensemble, vous pouvez consulter un arbre de descendance des enfants d'Alphonse Langlois et sa femme sur cinq générations. Vous aurez un tableau en PDF sur deux pages qu'il ne faut pas hésiter à agrandir pour lire les détails.

Marie Adophe "Chéry" – (1848 – 1907)

Frère jumeau d’Henri, né 2 heures après lui. Sur son acte de naissance, son troisième prénom est orthographié "Chéri", mais sur tous les actes suivants (mariage, témoignages, décès) il est orthographié "Chéry", de même que sur sa pierre tombale au cimetière d'Eaubonne

Professeur au Lycée de Chartres en 1888, professeur de lettres et de philosophie à Tours (1905) puis au Lycée Carnot de Tunis (1905 - 1907)

Officier de l'Ordre de Nichan-Iftikhar (Le Nichan Iftikhar ou Nichan Al Iftikhar, du turc İftihar Nişanı - « Ordre de la fierté » - est un ancien ordre honorifique tunisien fondé entre 1835 et 1837 par Ahmed I Bey, Bey de Tunis. Il est décerné jusqu'à l'abolition de la monarchie en 1957). Chéry est également récipiendaire des Palmes Académiques.

Il se marie en 1878 avec la fille d'un épicier d'un village du Maine et Loire, Constance Rivain, et fonde sa famille à Longué-Jumelles où ils restent jusqu’en 1884, puis au gré de ses postes d’enseignant à Chartres, puis Paris, Tours et Tunis. Ils auront en tout 6 enfants nés entre 1880 et 1890 dont un meurt en bas âge.

Chéry meurt à 58 ans en 1907 à Tunis, mais son corps est rapatrié à Eaubonne où il est enterré dans notre cimetière à côté de son petit frère Arthur, de 11 ans son cadet.

En 1891 son fils Robert est recensé à Eaubonne, avec son oncle Arthur. Les deux aînés Raymond et Marcel se trouvent aussi à Eaubonne en 1901 et en 1914 respectivement. Marcel est tué en 1914 lors d'une des premières batailles de la première Guerre Mondiale, son nom figure sur le Monument aux Morts d’Eaubonne.

Marie Alphonse "Henri" – (1848 – 1888)

Licencié en droit 1875, il est employé au contentieux à la Banque de France (1875) avant de devenir avocat à la Cour d'appel de Paris.

La même année que sa Licence il se marie à Paris avec Marie Victoire Vincent, fille d’un parfumeur et petite fille de l’industriel René Lorilleux, inventeur des encres d’imprimerie modernes.

Le couple reste très fidèle aux origines parisiennes de Marie Victoire : ils ne quitteront jamais les 6ème et 7ème Arrondissements. Ils auront 4 enfants, nés entre 1876 et 1888. Mais une maladie les emporte très jeunes : Henri à 40 ans en 1888 et son épouse 3 ans après, à 43 ans, laissant orphelins les enfants encore mineurs., dont le dernier avait à peine un an quand son père est mort.

Comme nous verrons plus tard avec les autres membres de la fratrie, la solidarité familiale se met aussitôt en marche : les enfants sont recueillis, éduqués et placés par les autres Langlois, sans oublier les Vincent et les Lorilleux.

Langlois Marie Joseph Louis

L’aîné, Marie Joseph « Louis », né en 1876, devient marchand et commissionnaire de fleurs dans Paris, soutenu par ses oncles Numa et Arthur, chez qui il passe quelque temps à Eaubonne. En 1904 il défraye la chronique en enlevant sa belle au nez et à la barbe de ses parents, en se servant d’une voiture automobile, celle d’Arthur, première mondiale paraît-il (voir l’article consacré à cet évènement). Qui plus est, il n’avait pas de permis de conduire à l’époque ! (Il l’obtient en 1907). Plus tard il s’installe avec sa femme à Puteaux pour être près de la famille Lorilleux (le grand-oncle de Louis, Charles Lorilleux, était autrefois Maire de Puteaux). Louis perd son épouse en 1934 et meurt dix ans après à l’Hospice de Brevannes, seul et affaibli par les privations de l’Occupation.


(photo D.R. collection privée)

Pierre Jean-Marie LANGLOIS

Son frère, Pierre Jean-Marie, né un an après lui, embrassera la carrière miliaire. Engagé volontaire en 1897, Il est envoyé aussitôt à l’ESM de Saint-Cyr d’où il sort officier supérieur, comme son cousin Marcel Marie Louis (fils de Chéry). Sa carrière d’officier l’envoie d’abord en Extrême-Orient de 1900 à 1913 avec un passage de deux ans au Sénégal. Lors de la Première Guerre Mondiale, il est fait prisonnier en août 1914 et reste en captivité jusqu’en 1917. A son retour il est envoyé au Maroc, avant de rejoindre à nouveau le Tonkin où il reste de 1922 à 1926. Il est lui aussi recensé comme domicilié à Eaubonne, chez l’oncle Arthur, en 1909, juste avant son mariage à Barcelone en novembre 1909 avec Renée de Bazillac, fille des comtes de Bazillac du Gers et des Lucciardi corses. Ils auront trois enfants, dont Jacques, Saint-Cyrien lui aussi, qui se fait nommer « Langlois de Bazillac » quand il devient l’aide de camp du Général Leclerc pendant la Deuxième Guerre Mondiale.


(photo D.R. collection privée)

Le troisième fils, Jean-Marie Vincent, né en 1888, passera lui aussi quelques années à Eaubonne chez l’oncle Arthur. Comme son père et son frère Pierre, il opte pour la carrière militaire et s’engage comme volontaire en 1906 et devient Maréchal des Logis. Dispensé à partir de 1911, il regagne en 1913 le 4e Régiment d’Infanterie Coloniale (R.I.C.) au Maroc où il est décoré de la Médaille Coloniale. Suite à la mobilisation générale, il intègre un Groupe d’Artillerie d’Afrique jusqu’en août 1916, avant de revenir en France. Il repart sur le front en Allemagne où il tombe au combat le 8 août 1918. Comme son cousin Marcel Marie Louis, il est inscrit sur les Monuments aux Morts de la ville d’Eaubonne.

Marie Aimée "Amalia" – (1851 – 1925)

LANGLOIS Marie Aimée Amalia

Vraisemblablement restée dans sa Meuse natale (Apremont-la-Forêt) dans le village de ses parents jusqu’à son mariage en 1876 avec un gendarme local nommé Nicolas Nicolas (nom et prénom), lui aussi issu d’une grande famille Meusienne. Mais après le mariage, le couple vient dans la région Parisienne. Nicolas se fait embaucher comme garde particulier en 1880 et avec son épouse s’installe dans le Château d’Argenteuil (Château des Marais, rue Auguste-Delaune, aujourd’hui disparu sauf le portail et le chapelle) loué par un autre garçon de la fratrie Langlois, Marie Paul Albert, devenu médecin à Paris (voir plus loin).

Mais entre temps son frère Arthur (voir aussi à ce nom), ayant débuté sa carrière comme instituteur dans la ville de Clermont-de-l’Oise en 1886, leur trouve un logement dans cette bourgade où ils s’installent à partir de cette même année. Nicolas trouve du travail comme jardinier et marchand fruitier. Il meurt à Clermont en 1901. Sa veuve vient vivre à Pierrefitte, puis à Paris. Plusieurs de leurs enfants viennent travailler à l’Institution Langlois à Eaubonne.

Le couple aura eu neuf enfants, comme les parents d’Amalia. Les deux premiers sont nés à Apremont, les deux suivants à Argenteuil et les autres à Clermont. Leur fille Marie Marguerite Nicolas, née à Argenteuil en 1880 et majeure lorsque son père décède, rencontre à Eaubonne le docteur Michel de Chabert-Ostland, venu travailler à l’Institution. Ils se marient dans notre Ville en 1905 et s’installent dans le Château du Bon Accueil. C’est à eux qu’Arthur Langlois cédera les rênes de son œuvre peu avant son décès à Eaubonne en 1913. Pendant 13 ans ce couple dirigera l’Institution, avant de le vendre en 1926 et s’installer à Nice pour sa retraite. Leur fils, Jean Guido Nicolas de Chabert-Ostland, est devenu psychiatre aux États Unis, où il décède en 2004.

Argenteuil Château des Marais
Portail du Château des Marais à Argenteuil

Marie Victor "Numa" – (1852 – 1933)

LANGLOIS Marie Victor Numa

Numa s’est destiné à la prêtrise. En 1903 il devient vicaire de St-Philippe de Roule, puis à partir de 1913 archiprêtre de l'église Notre-Dame de Bar-le-Duc et chanoine honoraire de la cathédrale de Verdun. Il exerce aussi à l'église Saint-Étienne de Bar-le-Duc, où il passe le restant de sa vie jusqu’en 1933. Quand il est à Paris, il s’occupe, comme ses frères et sœurs, des enfants orphelins de son frère Henri.

Marie Paul "Albert" – (1854 – 1932)

Argenteuil Château des Marais

Après ses études de médecine, il s’installe d’abord en 1880 au Château des Marais d’Argenteuil (aujourd’hui disparu). Propriété des bénédictins d'Argenteuil depuis le Moyen Âge, le domaine du Marais s'étendait des bords de Seine jusqu'à l'actuel stade des Marais. Il a été acquis par Mirabeau en février 1791.

Abîmé par les guerres, le château est tombé en ruine et dégradé par les troupes allemandes pendant la guerre de 1939-1944. Situé dans la partie ouest de la commune d'Argenteuil dans le quartier dit du Marais. Il a été détruit en 1950 pour construire un complexe sportif. La porte monumentale, installée au début du XXème siècle, est toujours en place. Le château avait été inscrit à l'inventaire des monuments historiques depuis le 12 janvier 1931.

Dès son installation il fait venir sa sœur Amalia (voir plus haut) et son mari, ex-gendarme, comme concierges et garde du corps.

Ensuite nous trouvons sa trace dans Paris, tout d’abord 29 rue Brézin, 75014 Paris en 1892, puis 39 Bd Saint-Marcel dans le 13ème, où il a son cabinet juste en face de l'Hôpital de la Salpetrière) en 1905. Il est, à partir de cette date, nommé médecin inspecteur de la protection du premier âge du 13ème Arrondissement.

En 1921 avec son épouse Marie Louise Hortense Rodier, il prend sa retraite à Nice, 14 rue de l'Alsace-Lorraine. Il décède à Nice en 1932.

Marie Louis "Ernest" – (1857 – 1924)

LANGLOIS Marie Louis Ernest

Professeur à la Faculté de Lettres de Lille. Multiple lauréat et correspondant de l'Institut de France.

Voici son "Résumé des Services" tel que rédigé par lui-même pour son dossier de la Légion d'Honneur :

• Ancien élève de l’École des Chartes et de l’École des Hautes-Études (1883), ancien membre de l’École Française de Rome (nommé par décret du 26 octobre 1883 pour l'année 1883-1884), archiviste paléographe, Docteur ès Lettres.

• Dans l'Université depuis 43 ans, Professeur à la Faculté des Lettres de Lille depuis 33 ans, ancien Doyen de cette faculté. Nommé à partir du 1er décembre 1892 à la chaire nouvelle de professeur de langues et littérature wallonnes et picardes.

• Nombreux travaux d'histoire, d'histoire littéraire et de philologie (voir ci-dessous), sept fois lauréat de l'Institut.

• A assuré un enseignement et des examens de la Faculté pendant l'occupation allemande jusqu'à son évacuation pour cause de maladie grave. Selon le JO du 2 octobre 1920 "savant universellement réputé. A assumé la lourde tâche d'un triple enseignement. A subi les plus dures épreuves pendant l'occupation. Menacé de perdre complètement la vue, n'a abandonné ses fonctions que sur l'ordre de ses supérieurs; 35 ans de services"

Publications:

Le Couronnement de Louis

- "Le Couronnement de Looys [de Louis]" - publié en 1888 - Thèse de l'Ecole des Chartes

- Pièces de théâtre d'Adam de la Halle (1240 - 1287) dit Adam le Bossu, traduites du picard par Ernest Langlois

  • le Jeu de la Feuillée (réédité en 1984)
  • le Jeu de Robin et Marion - publié en 1896 (réédité en 1992)
  • le Jeu du Pèlerin - publié en 1924 (réédité en 1992

- "Origines et sources du roman de la rose",   1891 (réédité en 1973). L'édition de 1912 est dédiée à sa femme et "courageuse collaboratrice" Georgette [née Legoux] "en témoignage de profonde affection et de reconnaissance..." C'est Georgette qui a supervisé, avec Antoine Thomas, la publication de la cinquième version après le décès d'Ernest.

- "De Artibus Rhetoricae Rhythmicae: Sive de Artibus Poeticis in Francia Ante Litterarum Renovationem Editis, Quibus Versificationis Nostrae Leges Explic" (Origines et sources du roman de la rose), texte en latin du précédent, encore utilisé de nos jours par les étudiants de cette langue, ré-édité le 28 février 2010 par Nabu Press.

- "Le Roman de la Rose" (t.II, ch. III p. 105 à 161) Histoire de la langue et de la Littérature Française, sous la direction de Petit de Julleville en 1896

- "Anciens proverbes français" - publié en 1899

- "Table des Noms Propres de toute nature compris dans les chansons de geste imprimés" - publiée en 1904

- "Nouvelles françaises inédites du XVème siècle" publié en 1908, réédité en 1975

Recueil d'arts de seconde rhétorique

- Son « Recueil d'arts de seconde rhétorique » (1904) est toujours utilisé pour l’enseignement du Français Langue Étrangère comme livre de cours partout dans le monde.

Pour plus d'informations, voir aussi
 l'éloge funèbre de F. Delaborde publié dans la "Bibliothèque de l’École des Chartes" numéro 85 (1924) pages 426-429

Ernest Langlois et son épouse Henriette Georgette Legoux (ils se sont mariés à Amiens en 1893) ont toujours vécu à Lille, 5 place Philippe Lebon, puis à partir de 1920: 26 façade de l'esplanade.

Mort le 15 juillet 1924. Inhumé d’abord à Lille, puis à partir de 1951 avec son épouse à Enghien-les-Bains, Cimetière Nord.

Marie Léon "Arthur" – (1859 - 1913)

LANGLOIS Marie Léon Arthur

Licencié ès Lettres, il est en 1885 répétiteur au Lycée Chaptal et au Lycée Louis-le-Grand, instituteur aux collèges de Clermont-de-l’Oise et de Châteaudun de 1886 à 1887. C’est au cours de son court séjour à Clermont qu’il fait la connaissance d’Otto Baetge et s’enthousiasme pour son projet d’une institution pour enfants inadaptés (appelés à l’époque « enfants arriérés »). Par ailleurs il entre en contact avec Edmond Tarbé des Sablons d’Eaubonne qui cherche un repreneur pour son Petit-Château et son parc.

Ensemble ce trio lève des fonds, achète la propriété et fait construire les bâtiments de l’Institution dans le parc de 10 hectares qui entoure le Petit-Château un ensemble de bâtiments (dortoirs, réfectoire, salles de classe, de gymnastique, d'hydrothérapie...) pour loger l'Institution et ses activités. Certaines de ces constructions sont encore visibles : l'ancienne Maison des Associations, l'École élémentaire Jean-Macé, etc. En 1894 Edmond il vend l'ensemble à Arthur Langlois1, toujours co-directeur avec Otto Baetge. Selon le minutier du notaire, Arthur emprunte 375 000 Francs de l'époque (soit près de 1 800 000 Euros actuels) à un consortium d'investisseurs picards réunis par le notaire. 200 000 Francs iront à Tarbé des Sablons pour l'achat du Petit-Château, du terrain de 10 hectares, et le mobilier. Le restant servira pour construire les bâtiments de l'Institution, dont la plupart existent encore aujourd'hui. Signe de confiance, procuration est donné à Otto Baetge pour la totalité de l'emprunt.

Employant plus de 40 personnes et fonctionnant jusqu’en 1926 (date à laquelle la propriété fut vendue à un promoteur et fractionnée en lots à construire), cette Institution, « maison spéciale d'éducation et de traitement destiné aux enfants et jeunes gens atteints d'anomalie intellectuelle » de renommée nationale a été pendant 37 ans le poumon économique de notre ville.

l'Institution des Enfants Arriérés d'Eaubonne
L'Institution d'Eaubonne en 1894. Ce bâtiment existe toujours.

En 1885 il se marie avec Adolphine Cléon, fille d’un couple d’enfants abandonnés de l’orphelinat d’Aurillac qui exerçaient le métier de porteurs d’eau dans le quartier de Montparnasse. Quand Arthur est nommé à Clermont, ils louent une maison dans le hameau de Giencourt (commune de Breuil-le-Vert) sur le flanc sud de la colline de Clermont. La belle-mère vie avec eux.

Après le rachat du Petit-Château, ils aménagent au Château du Bon Accueil (actuelle rue du Dr Peyrot), à Eaubonne, puis dans le Petit-Château même, rue d'Ermont (actuelle rue George-V) où il demeure jusqu’à la fin de sa vie.

Comble de l’ironie, leur enfant unique, un fils nommé René Michel né à Eaubonne en 1891, sera un enfant trisomique qui nécessitera des soins spécifiques toute sa vie. Appelé en 1911, il sera définitivement reformé l’année suivante pour « débilité mentale ». Il meurt à Paris en 1958.

Arthur devient un notable local. En 1901 il est également Directeur du premier casino d'Enghien (casino bateau, démoli en 1900) par la toute nouvelle Société d'Exploitation des Eaux et Thermes d'Enghien, succédant à M. Michelot. C'est lui qui confie à l'architecte Autant (père du cinéaste Claude Autant-Lara) le soin de construire le nouveau casino en 1902, celui qui existe encore, bien que la façade ait été remaniée depuis. 

En 1908 il est décoré de la Légion d’Honneur (Chevalier) sur proposition du Dr Jean-Joseph Peyrot, son voisin d'Eaubonne  qui habitait la rue d'en face, celle qui porte aujourd'hui son nom. Son dossier précise :  "M. Langlois dirige à Eaubonne l'Institution pour les Enfants Arriérés. Par sa bonne et intelligente méthode il arrive à des résultats excellents. Son établissement jouit d'un réputation universelle et reçoit des pensionnaires de toutes les parties du monde".

Voici la notice nécrologique parue dans Gil Blas du 2 mai 1913 (page 2) "Monsieur Arthur Langlois, directeur de l'asile des enfants arriérés, chevalier de la Légion d'Honneur, est décédé à Eaubonne (Seine-et-Oise). Il était le frère du chanoine honoraire Langlois, curé de l'église Saint-Etienne à Bar-le-Duc, et de M. Ernest Langlois professeur à la faculté des lettres de l'Université de Lille."

Marie Louis de Gonzague "Gustave" – (1864 – 1929)

LANGLOIS Louis de Gonzague Gustave

Dès le début de l’aventure de l’Institution Langlois, il rejoint son frère à Eaubonne. Il est domicilié en 1901 - 1906 rue d'Ermont (actuelle rue George-V), 95600 Eaubonne, et sa présence est attestée à Eaubonne jusqu'en 1910 au moins.

D’abord instituteur, il est nommé Chef de l’Institution en 1906 et continue de le diriger jusqu’en 1910, date à laquelle il déménage à Évreux et exerce le métier de négociant.
Le 1er janvier 1910 (JO) il est nommé Officier de l'Académie.

Marié à Marie Adeline Delhommel en 1891. Après le décès de son épouse à Évreux en 1915, il revient en région Parisienne où il meurt à Saint-Cloud en 1929.

Le couple a deux filles : une devient religieuse (Sœurs Blanches), l’autre épouse à Eaubonne en 1910 Ernest Tournillon (Conseiller Municipal à Enghien-les-Bains entre 1953 et 1960) et donne naissance à 10 enfants entre 1914 et 1937.

Marie Aline "Angèle" – (1871 – 1951)

LANGLOIS Marie Aline Angèle

Benjamine de la famille. A l’âge de 20 ans on la retrouve, comme beaucoup de ses frères et sœurs, à l’Institution Langlois d’Eaubonne. C’est là qu’elle rencontre Henri Lairisse, neveux du sénateur Ernest Théophile Boulanger, né à Sainte-Ménéhould dans la Marne et venu à Eaubonne vers 1893 pour exercer la fonction de « Chef de l’Institution », sans doute grâce à sa formation juridique. Il était auparavent clerc de notaire.

Ils se marient à Eaubonne en 1895. De cette union naissent 3 enfants, tous nés à Eaubonne, mais seule l’aînée, Andrée Marie survit. Avant 1906 les parents déménagent à Nemours, où leur fille épouse Aimé Giraud en 1923 et y fonde une famille.

L’Institution Langlois ou L’Institution d’Eaubonne

Institution d'Eaubonne

(intitulés qui ont été préférés à « L’institution des Enfants Arriérés ») a donc servi de refuge et d’employeur à une bonne partie de la famille. A part son fondateur Arthur, nous y retrouvons son frère Gonzague et sa sœur Angèle, et plusieurs nièces et neveux, soit de passage, soit comme employés :

• Louis Langlois et ses frères Pierre et Vincent, orphelins de Henri,
• Marie-Marguerite Nicolas, sa nièce, fille de sa sœur Amalia et son mari le docteur Chabert, ainsi que d’autres membres de la famille Nicolas,
• Ses neveux Robert, Marcel Louis et Raymond, fils de Chéry.
• Sa nièce Marie-Marguerite, fille de Gonzague

Mais cette liste ne serait pas complète sans l’incontournable Otto Baetge, le partenaire d’Arthur dans l’aventure de l’Institution, et que l’on pourrait qualifier comme le 10ème enfant de la fratrie, traité comme les autres en frère et ami intime, toujours présent comme les autres aux mariages et enterrements des Langlois. Et souvent c’est lui qui officiait ès qualité de Premier Adjoint au Maire d’Eaubonne et Officier de l’État-Civil.

En 1926, le docteur Chabert, propriétaire de l’Institution après son mariage avec la fille d’Angèle et après le mort d’Arthur, finit par délocaliser l’activité au Château des Coudrais à Étiolles dans l’Essonne. Là-bas il modernise les locaux et en fait un Institut médico-pédagogique pour enfants handicapés majeurs. Il vend cet établissement à l’État en 1952 qui en fait un centre d’apprentissage féminin. Aujourd’hui cette propriété héberge le Lycée des Métiers de la Bouche et de l’Hôtellerie.

Le Petit-Château et son parc de 10 hectares est vendu en 1926 à la Société Bernheim Frères, investisseurs dans l’immobilier bien connus qui ont déjà à leur actif le lotissement du Parc de la Grille Dorée et le parc de l’Hôtel de Mézières à Eaubonne. Elle trace des voies nouvelles, leur donne des noms de personnages historiques liés au quartier, et découpe le parc en 161 lots à construire. Ainsi se dessine la morphologie du quartier telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Le Petit-Château lui-même, un temps abandonné puis devenu une école, échappe à la destruction par son classement aux Monuments Historiques en 1967. En 1970 seul le fronton est préservé tandis que la partie arrière est démolie et reconstruite pour servir de bureaux à la Sécurité Sociale. Quand celle-ci quitte ses locaux en 2011, c’est la ville d’Eaubonne qui le rachète pour en faire sa nouvelle Maison des Associations inaugurée en 2014.

Des descendants de la famille Langlois, il n’en reste plus sur Eaubonne aujourd’hui, et au fil du temps le souvenir de leur nom s’estompe. Deux tombes au cimetière communal (Arthur et Chéry) et trois inscriptions aux Monument aux Morts rappellent encore aux visiteurs curieux leur présence chez nous il n’y a guère plus de 100 ans. Heureusement une salle de la Maison des Associations porte le nom d’Arthur Langlois, et une autre celui d’Otto Baetge.

- Paul MORSE, mai 2020

Petit-Château d'Eaubonne 2012
Le Petit-Château en 2012. Seul le fronton est d'origine.