La famille Berton à Eaubonne
Les frasques d’une famille d’acteurs, séjournant souvent à Eaubonne au début du XXe siècle, se terminent par une plainte pour « tentative d’empoisonnement » en 1910. De quoi s’agit-il ?
La famille BERTON, acteurs et dramaturges de père en fils, bien connus du milieu du théâtre de la deuxième moitié du XIX siècle, possédait une maison à Eaubonne, où séjournèrent notamment en 1910 Claude Pierre BERTON, son épouse américaine et leur fils de 6 ans. Or, ce couple se déchirait, leur mésentente était connue de toute la ville. En août 1910 l’épouse soupçonne la belle-mère de vouloir l’empoisonner avec de l’arsenic, et porte plainte...
Mais revenons un peu en arrière - L’histoire de la famille BERTON pourrait à elle seule faire l’objet d’un livre entier, tant elle est riche en exploits théâtraux et en frasques familiales. En voici l’abrégé :
4 générations d'artistes
Il faut remonter à Pierre Antoine, dit « MONTAN BERTON » fils d’un marchand mercier, né dans les Ardennes en 1727. Jeune, il étudie l’orgue, puis devient Directeur du Grand Théâtre de Bordeaux. En 1755, à 28 ans, il est nommé Surintendant de la musique du Roi, directeur général de l'Académie Royale de musique et chef d'orchestre de l'Opéra de Paris, dont il deviendra le directeur général en 1780.
Son fils puîné, Henri MONTAN BERTON (1766-1844), ici en image, fait entendre à 19 ans ses premières compositions, oratorios et cantates. L’année d’après il écrit son premier opéra-comique pour la Comédie-Italienne « les Promesses de mariage ». Suivront Montano et Stéphanie, créé à la Salle Favart le 15 avril 1799 sur un livret de Dejaure ; Le Délire (1801) ; Aline, reine de Golconde (1803) ; La Romance (1804) ; et Les Maris garçons (1806). En 1815 il rédige un Traité de l’harmonie, puis un Dictionnaire des accords.
En couple avec Marie-Thérèse DAVOUX à partir de 1783, ils auront trois garçons, dont le premier se nomme aussi Henri Montan, et une fille.
Celui-ci (1784-1832) devient un musicien accompli à son tour, mais ne laisse que peu d’œuvres comparé à son père. Nous savons qu’il a eu deux fils: un premier nommé Adolphe (1817-1857) dont nous ignorons l'identité de la mère, et Charles François Montan Berton, né à Paris en 1820, avec Marie-Charlotte BORDE
Devenu à son tour acteur célèbre , ce dernier se fait appeler « Francisque Berton » sur scène. Il se produit dans plus de 20 pièces de théâtre dans lesquelles il joue aux côtés, notamment, de Sarah Bernhardt. Voici un portrait de lui, tiré de l’affiche de « Le chemin retrouvé » joué au Théâtre du Gymnase en 1868 .
Il est aussi l’auteur de trois pièces de théâtre : Auteur de Délire, d'Aline Reine de Golconde, et de Montano et Stéphanie.
Sa femme est Julie Caroline SAMSON, romancière et poètesse, et fille de l’acteur bien connu Joseph Isidore Samson de la Comédie Française, et de l’actrice Marie-Thérèse Cornillat. Le couple habite rue d’Auteuil dans le 16ème Arrondissement.
C’est leur fils, Pierre François Samuel Berton, qui va tisser un lien avec la ville d’Eaubonne, grâce à sa deuxième femme dont la famille y possédait une maison.
Les Berton à Eaubonne
Tradition familiale oblige, Pierre François devient à son tour homme de lettres et auteur dramatique. Formé par son grand-père Joseph Samson, Pierre débute en 1859 au Gymnase, où il tient avec distinction l'emploi de jeune premier, puis à l'Odéon, à la Comédie-Française, au Vaudeville.
Il obtient ses plus grands succès dans le Club, le Nabab, Fédora, Gerfaut, la Tosca (où il crée le rôle de Scarpia). Pendant quelque temps il a dirigé la Comédie-Parisienne, et, en 1880, devint professeur de lecture pour les instituteurs et institutrices de Paris. Il a écrit plusieurs pièces pour le théâtre : les Jurons de Cadillac, comédie (1865) ; la Vertu de ma femme, comédie (1867) ; Didier, pièce en trois actes (1868) ; Léna (1889) ; les Chouans, drame (1894) ; et surtout Zaza, avec Charles Simon (1898) (1).
"Le Républicain de la Loire" du 07 janvier 1884 nous raconte son premier mariage :
« Il a connu en 1863 celle qui est devenue depuis Mme Berton; elle était au théâtre et s'appelait Mathilde Dubreuil. Des relations s'établirent entre eux; des enfants naquirent de cette union. Berton les reconnut, et il était heureux d'apporter à son foyer tout le produit du son labeur. En 1875, le mariage consacra cette liaison. Berton épousa la mère de ses enfants, malgré sa famille, malgré la plupart de ses amis, malgré tout ce que lui avait fait endurer de souffrances cette femme sans éducation qu'il avait, ayant vingt ans, commis l'erreur d'aimer. »
et les déboires de leur couple, en relatant une scène qui aurait pu inspirer Feydeau ;
« C'est, a-t il dit, en 1880. M. Berton était en représentations à Londres. Un jour, il eut la malheureuse idée d'écrire à la fois à la femme légitime et à la maîtresse. Il mit sous l'enveloppe destinée à la première la lettre écrite à la seconde et vice versa; on juge du coup du théâtre qui s'ensuivit. Mme Berton tomba à Londres comme une bombe, obtint les aveux de son mari, lui pardonna et l'emmena en Belgique. Mais, quelques mois plus tard, un beau matin, M. Pierre Berton ayant déclaré au préalable à sa femme qu'il n'était décidément fait « ni pour être père ni pour être époux ».
Pierre Berton gagne 25 000 fr. Il abandonne 15 000 fr. par an à sa femme, et garde pour lui 5 000 fr. mais les 15 000 francs mis à la disposition de Mme Berton ne suffirent pas pour satisfaire l’excessive prodigalité de cette dernière. Le mari, inquiet, fait des remontrances sévères à sa femme, qui riposte par une demande en séparation de corps. (2)
Précisons qu’entre temps Pierre Berton lui fait 6 enfants en 12 ans. Il se sépare de Mathilde en 1884 et s’établit avec sa maîtresse, Anne Thérèse MEILHAN, qu’il épouse 2 ans plus tard. Anne, née à Barsac dans la Gironde en 1862, est la fille du compositeur, professeur de musique et violoniste bien connu Pierre Valentin Meilhan.
Voici le portrait de Pierre Berton par Nadar tiré en 1885 :

Anne Meilhan avait un frère cadet, Albert Pierre, devenu directeur de l’agence de la Société Générale à Enghien. Veuf en première noces, il se marie avec sa deuxième épouse, Jeanne Lagarde, à Eaubonne en 1898. C’est sans doute à cause de cette proximité avec notre ville qu’il acquiert vers 1898 une maison à Eaubonne dans la rue de la Mairie (l’actuelle rue Cristino-Garcia). Cette maison, aujourd’hui remplacée par une résidence, se trouvait au numéro 5, en face de la Médiathèque Maurice-Genevoix.
La famille Berton prend l’habitude d’y séjourner et travailler. Le Figaro du 5 mars 1905 nous raconte :
« Cet été là, [1904] son fidèle collaborateur Bianchini s’en allait à Eaubonne chez lui une ou deux fois par semaine, causer avec lui de tous ces multiples détails. Il se rencontrait là avec les futurs interprètes de la pièce. On échangeait des vues, on se confiait les mutuelles espérances, on travaillait d’un même cœur à l’œuvre commune, et l’on entrevoyait déjà, pour l’hiver ou pour le printemps, le soir, toujours émotionnant, où seraient frappés les trois coups de la répétition générale. »
La Liste Nominative de 1911 les recense à Eaubonne : François, Anne Meilhan et leur fils aîné Jacques, mais aussi avec une amie anglaise Margaret Dunstan, dactylographe née en 1889 à Lancaster, une femme de chambre belge Clara Dormal née en 1890 à Fallais, et une cuisinière Espérance Gonier, née en 1893 à Beuzeville.
Claude et Carolyn
La maison est aussi occupée, à partir de 1904, par son deuxième fils Claude Pierre Félicien BERTON, homme de lettres et acteur à son tour, dans les pas de ses aïeux. Claude est tombé amoureux d’une jeune américaine venue à Paris pour étudier la musique. Carolyn Hamilton PHIPPS est la fille d’un chirurgien aisé qui finance, à elle, sa sœur et sa mère, un long séjour rue Juliette Lamber dans le 17ème.
Carolyn a 21 ans quand elle tombe enceinte de Claude. Leur fils, Jean Daniel Claude, naît en octobre 1904. Pour légitimer la situation, le couple se marie en mars 1905, et Jean Daniel s’appelle désormais Berton. Mais pour la famille, surtout pour la mère, il est affublé du sobriquet « Pussy » c’est-à-dire « chaton » en anglais, car l’anglais reste la langue en usage de cette famille.
Or ce couple traverse une période orageuse, leur séjour à Eaubonne n’est pas de tout repos. Carolyn reproche à Claude de ne pas subvenir aux besoins de sa famille malgré ses cachets. Il se contente d’encaisser les mandats que Carolyn reçoit régulièrement de son père. Tout Eaubonne est au courant car Carolyn ne se prive pas de se plaindre aux voisins et aux commerçants. En 1902 notre ville compte à peine deux mille habitants, et les commérages sur la famille Berton, père et fils, sont monnaie courante dans le village.
Eaubonne et "l'affaire berton"
C’est en 1910 qu’éclate « l’affaire Berton » ou « l’imbroglio de Saint-Brevin ». Au mois d’août de cette année, Carolyn est avec son fils dans la villa que possède la famille Berton à Saint-Brevin-les-Pins en Loire-Atlantique, la « villa Antoinette ». Lors d’un dîner, les domestiques préviennent Carolyn qu’ils ont vu sa belle-mère, Anne Meilhan, descendre dans la cuisine et verser une poudre blanche dans l’assiette de soupe qui lui est destinée. Craignant pour sa vie, Carolyn s’enfuit précipitamment et se réfugie chez un amie à Angers avec son fils. (3)
Elle porte plainte pour tentative d’empoisonnement, et le parquet de Paimboeuf demande au procureur de Pontoise de mener une enquête à Eaubonne. Selon « Le Populaire du Centre », du mercredi 7 septembre 1910, page 2, il a été procédé à l'audition d'un certain nombre de personnes d'Eaubonne. A Eaubonne, les époux Berton demeurèrent assez longtemps. C'est là que furent élaborées, en partie, les œuvres de M. Claude Berton. Il était intéressant de connaître l'opinion des fournisseurs et des intimes de la famille dans ce pays. La première, Mme Berthe Crochard (4), teinturière, fut entendue par le juge.
— Mme Claude Berton [Carolyn, née Phipps, d’origine américaine], dit-elle, venait de temps en temps à la maison comme cliente. Elle était, me disait-elle, très mal (sic) avec sa belle-mère, et les siens lui faisaient subir mille misères. Je ne l'ai plus revue depuis le mois de mai dernier, où elle m'apporta des chemises et des flanelles en me disant qu'elle s'en allait parce que son mari la frappait. C'était une femme très douce, aimée de tout le monde. Quant à sa belle-mère, elle est très insolente et méchante.
Les renseignements que donna ensuite M. Louis Bochard (5), Cordonnier, rue Nationale, corroborèrent les dires de Mme Crochard :
— Mme Claude Berton est venue quelquefois chez moi pour me faire travailler. Nous la savions bien malheureuse, car elle nous faisait part de ses peines. Ainsi son mari, paraît-il, la battait très souvent. Nous l'aimions bien, ma femme et moi, car elle était si gentille ..» Bien différent était le caractère de sa belle-mère, Mme Pierre [Thérèse Meilhan, Mme Pierre François Berton]. Sa réputation de méchante femme était telle qu'il y a quatre ans des bruits très graves circulèrent à son sujet au moment où l'attention fut appelée sur les Berton par l'incendie de leur propriété.'
— J'ai été deux mois femme de ménage chez les époux Berton, dit Mme Grasset. A plusieurs reprises, j'ai assisté à des discussions très violentes entre Mmes Pierre et Claude Berton, mais j'ignorais ce qu'elles se disaient, car elles causaient en anglais (sic). Mais, à chaque fois que ces querelles éclataient, Mme Claude était obligée de céder, car elle ne voulait pas de disputes. Très intéressante fut la déposition de M. Gaston Plat (6), entrepreneur de maçonnerie, dont le logement est voisin de celui des époux Berton :
— C'était, dit M. Plat, dans le courant de 1906. Un soir, j'entendis des crépitements. J'ouvris ma fenêtre et aperçus la maison de M Berton en flammes. Je sortis vivement dans la rue pour apporter du secours, et je trouvai Mme Pierre Berton, qui m'empêcha de passer : « Ce n'est, rien, disait-elle, laissez brûler : ne risquez pas votre vie. » Malgré son instance et celle de sa belle-fille, je fis mon devoir et m'occupai à sauver quelques meubles « Je me réserve, dit en terminant M. Plat, de dévoiler des choses intéressantes devant le tribunal.. »
M Louis Hichard, appariteur, alla très souvent mettre la paix dans le ménage. Un jour, il cosigna la déclaration d'une jeune bonne qui, chassée à la suite d'une dispute, dit : «' C'est malheureux d'avoir tort, surtout avec des gens pareils »
— Je ne crois pas, dit Monsieur Jules Huyot, l’ancien maire d'Eaubonne, que l'accord règne entre les deux femmes. Ce que je sais, c'est que Mme Pierre Berton avait une amitié peut-être exagérée pour le jeune Poussy (7). Quant à son attitude envers ses domestiques, elle n'était pas des plus louables. Telles sont les déclarations consignées par le parquet de Pontoise.
Réfugiée à Angers, suite à sa fuite précipitée, Carolyn refuse de réintégrer le foyer familial. Mais Claude arrive à lui soustraire son fils par un subterfuge et l’amène avec lui en Angleterre. L’enquête n’aboutit pas et l’affaire est classée. Carolyn se retrouve seule avec son deuxième enfant, une fille née à Eaubonne en 1908, Dora Geneviève Mathilde BERTON, dont l’histoire sera racontée ci-dessous. Sa mère accourt pour les prendre sous son aile à Paris. Puis face à la menace de la Première Guerre mondiale en 1914 les rapatrie à New York, où Dora passe son adolescence.
La fin tragique d'Anne meilhan
Carolyne meurt aux États-Unis en 1951. Quant à la « méchante belle-mère », Anne Meilhan , veuve de Pierre Berton depuis 1912, seule et presque indigente, elle se suicide le 29 août 1932 dans un hôtel de l’avenue de Clichy à Paris :
Mme veuve Berton est pensionnaire d'une maison de retraite située 89, boulevard Bineau, à Neuilly. C'est l'Académie Française qui, s'intéressant à cette veuve d'écrivain, elle-même femme de lettres, l'avait fait admettre gratuitement dans cet établissement.
Mme Berton avait la liberté de sortir comme elle voulait et de prendre ses repas en dehors si bon lui semblait.
On apprit que, venue à Paris avant-hier, l'octogénaire s'était rendue, le soir, dans un restaurant du quartier Saint-Georges, ou elle s'était fait servir un bon repas. Lorsqu'on lui présenta l'addition, s'élevant à une trentaine de francs, Mme Berton déclara ne pouvoir payer, n'étant en possession que d'une dizaine de francs. Le gérant du restaurant la fit conduire au commissariat du quartier, où elle fut gardée près d'une heure, tandis qu'on procédait à la vérification de son identité et de son domicile. Lorsque, quittant le commissariat, vers 21 h. 30, on la libéra, elle s'était présentée peu après à l'hôtel de Parme.
Pourquoi la femme de lettres a-t-elle voulu se suicider ? Il semble que la pauvre femme a dû s'exagérer le délit de grivèlerie qu'elle avait commis. On déclare, d'autre part, qu'elle avait été fort contrariée récemment à la suite d'une visite que lui fit, à la maison de retraite, un de ses parents dont la conduite lui donnait des soucis. (8)
La suite se passe aux états-unis
Dora Geneviève Mathilde BERTON naît à Eaubonne le 6 juin 1908 (9), fille de l’homme de lettres Claude Pierre BERTON et de son épouse américaine Carolyn Hamilton PHIPPS, originaire de Cincinnati dans l’Ohio.
Dora, se retrouve à New York, dans les "bagages" de sa mère maintenant divorcée de Claude Berton. Ayant obtenu le divorce, celle-ci décide de rentrer aux États-Unis en 1914 à la veille de la Première Guerre mondiale, après une quinzaine d’années passées en France. Elle est aidée en cela par sa mère qui vient la chercher, elle et sa fille. Elle laisse par contre son fils aîné, Jacques Daniel BERTON en France auprès de son ex-mari.
La mère, la fille et la petite-fille débarquent donc à New York le 13 septembre 1914, ayant voyagé sur le navire « France » au départ du Havre. Sur la liste des passagers, Dora porte le nom de sa mère, c’est-à-dire PHIPPS. Par la suite, de 1920 à 1925, nous retrouvons la mère et la fille toujours à New York dans le Manhattan.
Sauvé des flammes

A une date inconnue, Dora épouse un Monsieur JORDAN, sans doute vers 1930. Elle devient la secrétaire d’une administration américaine basée à New York, la « Works Progress Administration » ou WPA.
Celle-ci fut créée en 1935 par l’administration Roosevelt, pour fournir du travail aux chômeurs et relancer l’économie après le « Crash » de Wall Street de 1929. La WPA a connu plusieurs activités, employant au total plus de trois millions d’américains : construction de routes et d’infrastructures publiques (par ex. le Golden Gate Bridge de San Francisco), interventions auprès des enfants pauvres, rénovation de milliers d’écoles, etc. Une branche de la WPA s’occupa de fournir du travail à des artistes et écrivains. Face aux critiques qui y voyaient un repaire de gauchistes contestataires, le WPA fut démantelée en 1939.
Dora travaillait pour cette branche, appelée Federal Writers’ Project, qui employait quelque 6 mille écrivains ou aspirants écrivains, plusieurs centaines dans chaque État. Parmi eux, le bureau de l’État de New York employait le poète américain Orrick JOHNS (voir ci-après), chargé de donner du travail à ses confrères. Ayant à choisir entre eux, il provoqua le mécontentement de ceux qu’il n’avait pas retenu, résultant en une grève des contributeurs.
Travaillant comme secrétaire à New York pour la WPA (Works Progress Administration), elle rencontre Orrick Johns, poète et membre du Parti Communiste américain, lors d’une réception que donne celui-ci. Un écrivain invité, mécontent de ne pas avoir eu du travail par le WPA, essaie de le brûler vif! Elle le sauve des flammes, et 6 mois après devient sa femme... Voici les détails:
Un soir de 1937, Dora organisa une fête pour les écrivains de la section new-yorkaise. Un des invités, un docker aspirant écrivain, se jeta sur Orrick, l’assomma puis tenta d’étouffer Dora qui lui vint en aide. L’assaillant versa un litre de whisky sur la tête de JOHNS et craqua une allumette. Johns, déjà handicapé par la perte d’une jambe lors d’un accident de jeunesse (un tramway lui roula dessus), n’a pu que faiblement se défendre. C’est Dora qui eut la présence d’esprit d’’éteindre les flammes avec une couverture, lui sauvant ainsi la vie. (10)
La fin tragique du poète
Originaire de Saint-Louis dans la Missouri, fils d’un journaliste et propriétaire d’un journal local, Orrick se fait une réputation de poète et de dramaturge dans les années 1912 – 1930. Sa pièce de théâtre « A Charming Conscience» de 1923 fut un succès, et lui fournit les moyens de vivre et de travailler en Europe. En même temps il rejoint le Parti Communiste américain, et contribua souvent à son quotidien « The Daily Worker » (le Quotidien du Travailleur), et fut également le rédacteur en chef des « New Masses » (11).
Orrick JOHNS commença à courtiser Dora, elle qui venait de perdre son premier mari à cause d’une tuberculose au début de l’année. Le couple se maria en juillet 1937 et emménagea dans le Connecticut, dans le village de Danbury où Orrick continua sa carrière d’écrivain et de poète. Dora fut sa quatrième épouse.
Mais le 8 juillet 1946 il se suicida par empoisonnement, laissant Dora et leur fille d’à peine trois ans Deborah Berton Johns.
A partir de ce tragique événement, nous ne savons pas ce qu’advint Dora, à part un troisième mariage avec un certain Auguste Stern. Sa fille, Deborah, s’est mariée à Washington en 1967 avec Clyde Thomas IRWIN. Elle décède le 6 janvier 2011 à Fort Worth dans le Texas. Les 4 enfants du couple sont toujours dans cette région.
- Paul MORSE, août 2017, janvier 2018
Vous pouvez aussi télécharger l'arbre généalogique de la famille Berton
Notes
- voir le site d'Art Lyrique d’où est tiré ce résumé.
- pour un récit plus complet des déboires de ce couple, voir le chapitre consacré à Pierre Berton dans « Sur le Boulevard, portrait de types modernes » de Marc de Valleyres (Christin 1861) pages 312 - 331
- sa fuite est relatée par un journal américain (en anglais) sous le titre « Mother-in-Law accused » Washington D.C. Evening Star, August 20, 1910, page 19
- habitant 64 route Nationale, selon le recensement de 1911. Née en 1882
- habitant la même adresse que Berthe Crochard en 1911. Cordonnier. Né en 1861
- Gaston Émile Plat habitait au n° 1 rue Nationale à Eaubonne en 1906, selon le recensement de cette année.
- c’est-à-dire son petit nom « Pussy » en anglais. Il avait 6 ans au moment de cette histoire.
- L'Est Républicain du 30 août 1932, page 2
- état-civil d’Eaubonne, naissance n° 49 en 1908
- selon le récit familiale rédigé par Clyde Irwin et transmis aux petits-enfants de Dora.(manuscrit familial non publié). Il est possible que ce récit soit un peu romancé...
- Sa fiche Wikipedia (en anglais) vous renseignera plus sur sa vie et son oeuvre.