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Les Familles Masson & Soudet

Les Masson

Le premier MASSON de cette branche (car il y a trois familles Masson distinctes à Eaubonne au XIXe siècle), venu s'établir à Eaubonne, fut un garçon boulanger nommé Joseph Alexandre. Il naquit le 12 avril 1795 à Epône dans les Yvelines, fils de George Alexandre (lui aussi boulanger) et d'Agathe Puteaux. Cette famille Masson est à Epône depuis au moins cinq générations.

Joseph vient à Eaubonne vers 1810 pour travailler dans la boulangerie de la famille Rodier, peut-être comme apprenti.

Dans la boulangerie eaubonnaise, Joseph ne peut que remarquer Antoinette Hélène Louise RODIER, née à Saint-Leu-la-Forêt en 1801, car elle est la fille de son patron boulanger Pierre Victor Rodier. Ils se marient à Eaubonne en 1817 et fondent une famille. Ils auront trois enfants, tous nés à Eaubonne :

  1. Désiré Alexandre Laurent (1817 – 1885), marié à Eugénie Élisa MOREAU,
  2. Joseph Antoine (1820 -?) cultivateur, (voir ci-après)
  3. Rosalie Eugénie (1822 -?), couturière, mariée à Pierre Auguste CORDONNIER

Joseph Antoine rencontre Angélique Zoé MUSARD (ou Muzard), elle aussi née à Saint-Leu-la-Forêt en 1820, et le couple a deux enfants, nés tous les deux à Eaubonne :

  1. Louis Anatole (1843 - 1905)
  2. Louise Antoinette (1853 – 1903)

C'est Louis Anatole (parfois connu par son premier prénom, parfois par le deuxième) qui a laissé le plus de traces dans l'histoire de notre ville, c'est lui dont le nom a été attribué à la rue Louis-Masson en 1929.

La famille de Joseph Antoine est logée « au village d'Eaubonne » sans autre précision selon les recensements quinquennaux de la population entre 1846 et 1872 (1). Seuls les recensements de 1851 et de 1872 indiquent qu'ils habitent rue de Montlignon (actuellement rue du Dr Peyrot). En 1861 la belle-mère de Joseph, Catherine VOYER, veuve Musard, est également recensée chez eux. Louis Anatole (tantôt nommé Louis, tantôt Anatole) est toujours présent, ainsi que sa sœur cadette Louise, parfois appelée Marie par les recenseurs. Elle reste avec ses parents jusqu'à son mariage avec Sylvain ROBERT en 1868, et même après car on l'a trouve à cette adresse avec son mari et sa fille Louise Robert en 1872.

Après son mariage en 1865 avec Désirée Aimée DESMET, Louis Anatole Masson s'établit comme marchand de bois. Son épouse est originaire de Saint-Denis où les Desmet, d'origine Belge (De Smet) sont teinturiers et imprimeurs sur étoffe. Sa mère était la fille d'un couple de pâtissiers de Villetaneuse. Dès 1866 les recensements de la ville indique la famille Masson habitant et travaillant en bas de la rue d'Ermont (l'actuelle rue George-V) à l'emplacement de la résidence Antin, côté pairs. Sa cour devait se situer là où se trouve aujourd'hui la terrasse arrière du restaurant sur la place Aristide-Briand. En 1872 on mentionne également un garçon employé chez eux, Eugène Cotty, 14 ans. Une délibération du Conseil Municipal de 18732 attribue à Louis Anatole la somme de 313 Francs pour travaux et fournitures.

Louis Anatole et Désirée auront deux filles :

  1. Louise Lucile Eugénie (1866 – 1872) qui mourra à l'âge de cinq ans,
  2. Berthe Angelle (1868 – 1907) dont il sera question plus bas.

Louis Masson sera victime en 1905 d'un accident de la route qui entrainera sa mort : « Le Journal » du 10 avril 1905 relate l'évènement sous le titre « Tué par un cycliste » :

« M. Louis Masson, âgé de soixante-et-un ans, propriétaire et ancien adjoint au maire d'Eaubonne (Seine-et-Oise), regagnait la nuit dernière son domicile, situé 10, rue d'Ermont, quand, à l'angle de la rue des Tilleuls, il fut culbuté par un jeune homme monté à bicyclette et se dirigeant sur Margency. Ayant donné de la tête contre la bordure d'un trottoir, M. Masson expira, après cinq heures d'une atroce agonie, des suites d'une fracture à la base du crâne. »

Les Soudet

Jusqu'en 1886, les recensements précisent que Berthe habite avec ses parents toujours en bas de la rue d'Ermont (George-V). Le 14 juin 1887 Berthe se marie avec un marchand boucher nommé Louis Ulysse SOUDET, originaire du 19ème Arrondissement de Paris, autrefois village d'Aubervilliers où les Soudet sont installés depuis longtemps. Son père était le dernier des dix enfants de Pierre Nicolas Soudet et Marie Élisabeth Bonneau, son épouse.

Le père de Berthe, Louis-Anatole, est propriétaire de plusieurs larges bandes de terre (3) situées dans le « Parc Neuf » (ancien fief de Bussy, ancien parc du château de Joseph-Florent Le Normand de Mézières, seigneur d'Eaubonne avant la Révolution), approximativement entre la rue des jardins et la rue Colette qui, bien sûr, n'existaient pas encore à cette époque.

La "maternité Masson"

En bas de ce terrain (parcelle n° 576), pratiquement en face du « Pavillon Italien » et presque dans l'alignement de celui-ci, Louis Anatole fait construire pour sa fille une très grande maison de trois étages qui existe encore (à l'angle de la rue Louis-Masson et la rue des Jardins, côté est). C'est dans cette maison que s'installent Berthe et son mari. Elle y exerce le métier de sage-femme. Autrefois, la maison était considérée comme donnant sur la rue d'Ermont (devenue rue George-V), depuis l'étroite impasse des jardins (l’amorce de la rue des jardins, visible sur le cadastre de 1829, servait comme entrée principale du « Manoir de la Cerisaie », construit quasiment à l'emplacement du château démoli en 1798 du seigneur Le Normand de Mézières. Ce n'est que bien plus tard, à l'époque de la construction des maisons « Castor » en 1952, que la rue des jardins rejoint son autre extrémité tracée en 1930 à partir de la rue Tarbé-des-Sablons.)

Berthe Angelle et Louis Ulysse auront deux enfants :

  1. Maurice Louis (1888 – 1932)
  2. Mathilde Victoria Stéphanie (1890 -?)

Ensemble ils occupent cette maison, avec leur domestique Émilie Valtat, même après le décès précoce de Louis Ulysse en 1897, à l'âge de 35 ans. Berthe gagne sa vie et élève ses enfants grâce à son activité de sage-femme. La maison est connue dans le quartier comme la « maternité Masson » ou parfois la « Villa Masson ».

Louis Anatole Masson, le père de Berthe, est élu au Conseil Municipal en 1896. A 53 ans il devient Premier Adjoint au Maire (Armand de Visme) de 1896 à 1898, puis Premier Adjoint au Maire (Jules Huyot) de 1898 à 1904. Il est de nouveau élu Conseiller municipal en 1904 (sous la mandature de Jean Blanc), mais il meurt subitement le 9 avril 1905 à Eaubonne (4).

Sa veuve, Désirée Aimée Desmet, va alors habiter avec sa fille dans la « maternité », rejointe par sa sœur Félicité Augustine qui sera plusieurs fois veuve (elle à survécu à trois maris). Mais Berthe mourra jeune à son tour : le 2 novembre 1907, laissant ses deux enfants Maurice (19 ans) et Mathilde (17 ans).

Maurice exerce plusieurs métiers : il est tour à tour maître graveur chez M. Fernand, 3 rue de l'Arcade à Paris en 1906, employé des Assurances Nationales en 1921, et fabricant de jouets en 1926. En 1931 il est désigné comme industriel (il est propriétaire des Etablissements Soudet, 39 rue de la Grange-aux-Belles, 75010 Paris, qui fabrique des "jouets,... animaux formant bonbonnières". "Les plus beaux animaux en peau naturel" vante son papier à en-tête). Il se marie en 1911 à Eaubonne avec Marcelle Marie Constance MANDART, fille de Théophile Félix (lui aussi employé d'assurances) et d'Adèle Constance NANTET. (dont le père Paul Joseph NANTET fut Adjoint au Maire Louis Hennocque en 1874). De cette union sont nés trois enfants :

  1. Anne Marie Berthe Adèle (1913 – 1995) qui épousera Joseph Bermond en 1951, et vivra dans les Hautes-Alpes,
  2. Germaine Constance Désirée (1915 – 2003) qui épousera Pierre Vrigny en 1953,
  3. Jacques Marcel (1919 – 2008) qui épousera Alberta Lizundia en 1946, et continuera à vivre à côté de la « villa Masson », au n° 4 de la rue Louis-Masson, jusqu'à la fin de ses jours.

La famille de Maurice et Marcelle Soudet s'installe dans une maison construite dans une nouvelle voie ouverte à partir de la rue d'Ermont : l'allée du Parc, au n° 4, avec leur bonne Thérèse Cillard,

Quant à Mathilde, elle épousera en 1910 un ingénieur agronome parisien du nom d'André Michel Marsais, puis en deuxième noces (1913) Paul Henri Guilleminot, entrepreneur en peintures. Ce couple réside 34 avenue de Suffren, 75015 Paris, en 1930. Nous ne savons pas s'il y a eu des enfants de ces deux unions.

Création de la rue Louis-Masson

En 1926 le recensement indique que 6 familles distinctes habitent la « villa Masson » en plus de Félicité Desmet, belle-sœur de Louis Anatole Masson et désormais veuve de son troisième mari. Les autres noms cités sont les familles : Vin, Boubay, Heyrat, Kayser, Reuet et Hennequin. Cinq des chefs de famille sont employés par le Chemin de Fer du Nord. Un autre travaille pour Pathé Cinéma à Joinville-le-Pont, et le dernier pour le journal « Le Temps » à Paris.

Aux parcelles qu'ils ont héritées de leur mère (et qu'elle a héritées de son père, ou qu'elle a acquis en son nom en juin 1907 peu de temps avant sa mort), Marcel et Mathilde Soudet ajoutent d'autres achetées en 1920 (5) pour créer un ensemble d'environ 1,6 hectare. Auparavant ces terrains, à vocation agricole (vignes et prés) appartenaient aux familles Dhéret et Constant d'Ermont ou Duval et Hennoque d'Eaubonne et d'Andilly. Ces derniers avaient acheté leur terrain en 1833 au Comte et à la Comtesse d'Argence.

En 1929 (6), le Préfet du Département de Seine-et-Oise approuve le programme de lotissement dit du « Parc Neuf », sur les terrains appartenant en indivision à Marcel Louis Soudet et à sa sœur Mathilde. Ils créent une nouvelle voie, reliant l'impasse des jardins à la rue Colette, à laquelle ils donnent le nom de leur grand-père Louis Masson. Ce projet avait été auparavant retoqué (le 13 décembre 1928) par le Conseil Municipal pour manque de pente suffisante dans la future rue pour assurer l'écoulement des eaux, et par l'étroitesse de l'impasse des jardins. Marcel modifie alors la pente depuis la rue Colette, et élargit à 8 mètres (au lieu de 4 m 60) l'impasse des jardins.

Lors de la publication du cahier de charges du lotissement en février 1929 (7), Maurice Soudet précise que « désireux de favoriser le projet d'extension du quartier des Vignolles, [il] décide d’abandonner à la Commune d'Eaubonne... une bande de terrain de 8 mètres de largeur sur 39 environ de longueur [après la rue Colette] destinée au prolongement éventuel de l'avenue [rue Louis-Masson] qu'il crée. » Ce prolongement n'a jamais vu le jour.

Le règlement de copropriété assorti d'un Cahier de Charges de 12 pages (8) précisait que les acheteurs [de lots à construire] restaient propriétaires de la moitié de la rue (4 mètres) devant leur propriété.

Sur la plan d'Eaubonne de 1929, la rue Louis-Masson n'apparaît pas encore. Par contre, l'allée du Parc prend sa longueur actuelle et comporte 7 maisons, toutes du côté pair. L'impasse des jardins (désormais appelée « rue ») s’étend jusqu'au croisement futur avec la rue Joseph-Bethenoud (qui ne sera tracée qu'en 1953). L'avenue Marguerite (10 maisons côté impairs, 4 côté pairs) et la rue Colette (6 maisons en tout) sont en place depuis 1914. Le reste du quartier est un vaste terrain, reliquat du Parc Neuf du château du seigneur d'Eaubonne. Juste derrière la propriété Soudet, le terrain appartient à la Société Sportive du Printemps. Le Parc sera grignoté par le lotissement du Parc-Neuf (autre nom du lotissement de la rue Louis-Masson, voir ci-dessus, ne pas confondre avec l'allée du Parc-neuf ci-après), par le lotissement du Foyer du Fonctionnaire en 1930 (l'actuelle rue des Pâquerettes et la partie nord de la rue des Jardins) construit sur le terrain « Forest » (9), par le lotissement des Castors en 1951-53 sur un terrain acheté à la Société Sportive du Printemps , par la construction de l'école maternelle de la Cerisaie en 1955, et enfin par l'allée du Parc-Neuf en 1960 (donnant dans la rue de l'Abbé de l’Épée) qui viendra terminer l'urbanisation du Parc.

Une photo prise à la Libération d'Eaubonne en août 1944 permet de visualiser et de comptabiliser les habitants de la rue Louis-Masson (10). 18 familles occupaient les 17 maisons dans la rue (contre 42 aujourd'hui). On trouve les familles suivantes (dont certaines y sont toujours) : Boubay, Boyer, Brave, Buisson, Colpart, Courty, Cronier / Hellinger, Desjardins, Dupont, Falconnetti, Gagnery, Hubert, Léonardo, Quercin, Rolez (Rollay), et Vin

Les familles Boubay et Vin étaient auparavant dans la « villa Masson » au n° 2. La plupart de ces familles sont des employés du Chemin de Fer du Nord, attirées par le prix abordable des terrains (11), comme c'était également le cas pour le lotissement voisin du « foyer du fonctionnaire ».

En 1946 le recensement (12) énumère 21 familles dans la rue Louis-Masson où nous trouvons, en plus de celles citées ci-dessus, les familles Lietaer, Moncoffre, Verger, Déperrois, Boyer ; et dans la « Villa Masson » les familles Bigot, Buvry, Pinte, Sevestre et Christophe.

L'allée du Parc

L'allée du Parc voisine et parallèle à la rue Louis-Masson commence à être construite à partir de 1910. Son orientation, comme celle des rues Louis-Masson et Marguerite, est influencé par l'orientation des parcelles de terrain qui existaient depuis le découpage du « Parc Neuf » du seigneur Joseph-Florent Lenormand de Mézières après la Révolution, vendues comme « biens nationaux »1 au début du XIXe siècle.

On y trouve en 1911 deux familles : les Soudet et les Moisy. En 1926 ils sont 6 : Moisy, Soudet, Hemard, Dorard, Hocher et Nochez.


Paul MORSE, juillet 2014 – novembre 2015 - janvier 2018

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Notes

  1. Listes Nominatives, Recensements de la Population d'Eaubonne, série 9M 505, Archives Départementales (site ADVO) jusqu'en 1911, puis Archives Municipales d'Eaubonne.
  2. délibération n° 44 du 15 novembre 1873, Archives Municipales d'Eaubonne
  3. 1Lots n° 576, 936 et 945 du cadastre Napoléonien de 1834, peut-être hérité de son père ? Actuellement côté numéros pairs de la rue Louis-Masson et côté numéros pairs de l'avenue Marguerite entre le 2 et le 16.
  4. ne pas confondre le Conseiller Louis Masson avec son oncle Laurent Masson qui fut lui aussi conseiller municipal sous Louis Hennocque (1871 – 1881).
  5. parcelles 937, 938 et 939 du cadastre ancien, côté impairs de la rue Louis-Masson aujourd'hui
  6. le 20 mars 1929
  7. les archives complets du projet de lotissement du « Parc Neuf » sont disponible au Service Urbanisme d'Eaubonne.
  8. idem
  9. approuvé par le Conseil Municipal du 1 février 1930
  10. Photo de Maurice Colpart, non reproduite ici
  11. 70 Francs le mètre carré, soit l'équivalent de 42 € d'aujourd'hui, 10 à 12 fois moins chers que les prix actuels...
  12. Liste Nominative, Dénombrement de la Population 1946, Archives Municipales d'Eaubonne